Ouvrages du CEPREMAP

Les Opuscules du CEPREMAP sont des ouvrages courts, synthétiques, rédigés par des experts du domaine et faisant le tour d’une question de politique économique.

La collection est dirigée par Daniel Cohen, et les uvrages sont publiés en partenariat avec Éditions Rue d’Ulm. Ils sont mis en téléchargement au format PDF sur notre site six mois après leur publication.

Le CEPREMAP publie occasionnellement des volumes hors de la collection des Opuscules

Macroéconomie

Crises et instabilités

De l’euphorie à la panique : penser la crise financière

André Orléan, 2009

Cet opuscule ne cherche pas à raconter la crise. Il cherche à la comprendre. Trois questions sont abordées : Pourquoi des crises financières ? Pourquoi celle-ci ? Pourquoi une telle ampleur ? Pour y répondre, un fil directeur unique : les marchés financiers sont, par nature, instables. Ils ne savent pas s’auto-corriger comme le font les marchés de biens ordinaires. Lorsque les prix d’actifs s’écartent de l’équilibre, aucune force de rappel ne vient faire obstacle à leur dérive. Tout au contraire, la concurrence financière pousse au mimétisme, à la hausse comme à la baisse. À partir de cette hypothèse, il devient possible de comprendre la mécanique de l’emballement euphorique comme celle de la panique et du krach.
Cette réflexion a pour originalité de placer au cœur de l’analyse la logique des prix elle-même et non pas, comme il est fait le plus souvent, la titrisation et son opacité. Le débat n’est pas seulement académique. Dans un cas, la régulation souhaitée maintient les marchés financiers au centre de son dispositif puisqu’elle considère que ce ne sont pas eux qui sont à l’origine des défaillances mais leur environnement institutionnel. En conséquence, c’est celui-ci qu’il faut réguler. Dans l’autre cas, la régulation vise à revenir sur la primauté accordée à la finance de marché. Il s’ensuit deux conceptions tout à fait distinctes de l’architecture financière à construire.

L’épargnant dans un monde en crise – Ce qui a changé

Luc Arrondel, André Masson, 2011

La crise a affecté les comportements de l’épargnant : les ménages français se sont montrés en moyenne plus « prudents », désirant épargner davantage dans des placements plus sûrs et à plus long terme, et limiter parallèlement leurs investissements risqués.
Comment expliquer ce changement ? Les Français se sont-ils simplement adaptés au nouvel environnement économique et aux évolutions perçues dans leur situation personnelle : baisse anticipée des ressources ou des rendements d’actifs, exposition au risque plus élevée, etc. ? Ou bien la crise a-t-elle modifié la « psyché » même des individus, à savoir ici les préférences de l’épargnant en matière de risque et vis-à-vis du futur : manifeste-t-il une plus grande « aversion au risque » qu’hier ? En termes d’horizon décisionnel, l’épargnant est-il moins obnubilé par les échéances de court terme et plus soucieux de son avenir ? Bref, ses préférences sont-elles soumises aux aléas de la conjoncture économique et financière ?
À cette question centrale, notre étude répond par la négative, concluant ainsi à la stabilité d’ensemble des préférences de nos compatriotes à l’égard du risque et du temps pendant la crise de 2008. Contrairement à une antienne à la mode, ce résultat qui peut surprendre révèle un épargnant « stoïque » dans la tourmente, pas plus averse au risque qu’auparavant.

Les banques centrales dans la tempête – Pour un nouveau mandat de stabilité financière

Xavier Ragot, 2012

La crise économique que nous traversons montre le rôle pivot des banques centrales dans les économies développées. Si elles se veulent les gardiennes discrètes de la stabilité des prix, cette crise souligne la nécessité de repenser plus globalement leur rôle. D’abord, elles n’ont pas su percevoir, pas plus que les autres acteurs, la transformation des marchés financiers en un système bancaire parallèle non réglementé. Ensuite, la gestion de la crise de la liquidité les a conduites à assumer de nouvelles fonctions pour assurer directement le financement de l’économie. Enfin, le problème de la dette publique européenne, puis américaine, les a obligées à modifier leur action sans qu’elles précisent toujours leur doctrine. Phénomène inédit dans la période actuelle, les banques centrales contribuent désormais au financement des États.
À quoi conduiront de tels bouleversements ? À un nouveau fonctionnement des marchés financiers, sans doute, avec une nouvelle place occupée par les banques centrales. Revenant sur ces évolutions, Xavier Ragot démontre qu’il sera nécessaire que les banques centrales prennent en compte non seulement la stabilité des prix, c’est-à-dire le contrôle de l’inflation, mais aussi, de manière plus générale, la stabilité financière et la stabilité économique.

Économie politique

L’économie politique du néolibéralisme – Le cas de la France et de l’Italie

Bruno Amable, Elvire Guillaud, Stefano Palombarini, 2012

La France et l’Italie connaissent des évolutions économiques et politiques comparables. Contrairement à l’opinion dominante, selon laquelle des obstacles d’ordre politique empêcheraient l’adoption de mesures économiques d’inspiration néolibérale qui seraient « indispensables », ce livre analyse la mise en œuvre d’un programme économique néolibéral en France et en Italie comme une réponse aux crises politiques que connaissent les deux pays depuis plus de deux décennies.
La dissolution des anciennes alliances sociales y a rendu nécessaire la reconstitution d’un bloc social dominant. Mais le « noyau dur » du bloc néolibéral constituant une minorité politique, la stratégie consiste à s’appuyer sur une coalition sociale élargie. En France, le programme de « rupture » de Sarkozy a été conçu comme une médiation entre d’une part les attentes du « noyau dur », et d’autre part celles de la majeure partie des salariés du secteur privé. En Italie, la stratégie de Berlusconi a été de former une alliance entre le « noyau dur » et les classes précaires et assistées.
Quant à la participation à l’Union européenne, elle implique dans les deux pays une pression politique forte qui est favorable à la mise en place d’une stratégie néolibérale sous des formes politiques variées.

Libéralisation, Innovation et croissance: Faut-il vraiment les associer ?

Bruno Amable et Ivan Ledezma, 2015

Depuis les années 1990, les politiques de soutien à l’innovation suscitent un intérêt toujours croissant. Des travaux influents ont étudié le rôle que pourrait jouer la libéralisation des marchés de biens et services dans les incitations à innover. Ils reposent sur des études empiriques qui tentent de mettre en évidence un lien négatif entre niveau de réglementation et productivité. Leur message est relativement simple : la libéralisation, qui favorise les nouveaux entrants, conduirait les firmes à innover pour échapper à la concurrence dans un contexte de stagnation économique.
S’appuyant principalement sur des données sectorielle pour les pays de l’OCDE, B. Amable et I. Ledezma montrent que cette conclusion selon laquelle un haut niveau de réglementation serait nuisible à l’innovation ou à la croissance peut être renversée en fonction des spécifications empiriques adoptées : périmètre sectoriel de l’échantillon, spécification des équations estimées, etc.
Il ressort notamment de leur étude que la réglementation sur les marchés de biens et services n’apparaît nullement comme un obstacle à l’innovation dans l’industrie manufacturière. Il faut donc mettre en place des politiques spécifiques dédiées à la promotion de l’innovation, qui vont bien au-delà de la fourniture d’un cadre concurrentiel adéquat aux entreprises.

Leçons de l’expérience japonaise : Vers une autre politique économique ?

Sébastien Lechevalier et Brieuc Monfort, 2016

Depuis la crise de 2008, la lenteur du retour aux taux de croissance passés a fait naître la crainte que l’Europe ne suive, peu ou prou, la trajectoire économique du Japon durant les années 1990-2000. Cette inquiétude s’exprime désormais régulièrement, formulée le plus souvent comme le risque d’une décennie perdue « à la japonaise ». L’objectif de cet opuscule est de revenir sur l’expérience japonaise depuis 1990 jusqu’à la politique dite des Abenomics conduite depuis 2012, afin de discuter la pertinence d’une transposition dans un contexte autre que japonais.
Le Japon n’a pas « perdu » vingt-cinq ans et son évolution a été étudiée de très près aux États-Unis par les macroéconomistes et les responsables politiques, mais beaucoup moins en Europe. Il serait, selon nous, exagéré d’y voir une expérience de politique économique non conventionnelle dont pourraient s’inspirer les économistes européens à la recherche d’une « autre politique ». Mais les Abenomics incarnent, aussi, une forme de volontarisme politique et une tentative pertinente de mettre en œuvre de façon cohérente différents instruments de politique économique.

Bien-être, travail et politiques publiques

Société française

Une Jeunesse Difficile. Portrait économique et social de la jeunesse française

Collectif, 2007

À quelques mois d’intervalle, deux visages de la jeunesse française ont fait irruption dans le débat politique : la jeunesse des banlieues à l’automne 2005, puis la jeunesse étudiante, au printemps 2006. Ils ont rappelé à l’opinion publique ce que sociologues et économistes soulignaient depuis longtemps : la jeunesse est en première ligne des ruptures qui ont accompagné les mutations de la société.
Cet ouvrage vise à approfondir le diagnostic. Deux thèmes principaux sont analysés : la précarité de l’emploi pour les jeunes, l’allongement de la durée des études. Contrairement à une idée qui tend à prévaloir, l’allongement des études a été une bonne chose, en moyenne, tant du point de vue des salaires que de celui des emplois. Mais son effet principal pour les jeunes est de retarder l’âge où l’on dispose d’un emploi stable : l’insertion hier réservée aux 20-25 ans s’est désormais décalée dans le temps, parfois jusqu’à l’âge de 32 ans. Et cet effet se conjugue avec la précarité de l’emploi.
Comment être jeune si longtemps ? Grâce aux solidarités familiales, mais à condition d’en bénéficier. Dès lors que s’allonge la durée d’accès à un emploi stable, la dépendance à l’égard de la famille se trouve renforcée. Aider les jeunes, aujourd’hui plus encore qu’hier, c’est leur donner les moyens d’échapper aux inégalités familiales.

La société de défiance : comment le modèle social français s’autodétruit

Yann Algan, Pierre Cahuc, 2007

La France est engagée dans un cercle vicieux dont les coûts économiques et sociaux sont considérables. Depuis plus de vingt ans, des enquêtes menées dans tous les pays développés révèlent qu’ici plus qu’ailleurs, on se méfie de ses concitoyens, des pouvoirs publics et du marché. Cette défiance allant de pair avec un incivisme plus fréquent.
Or la défiance et l’incivisme, loin d’être des traits culturels immuables, sont alimentés par le corporatisme et l’étatisme du modèle social français. En retour, le manque de confiance des Français entrave leurs capacités de coopération, ce qui conduit l’État à tout réglementer et à vider de son contenu le dialogue social.
En comparant les relations entre les performances économiques et les attitudes sociales dans une trentaine de pays du début des années 1950 à nos jours, Yann Algan et Pierre Cahuc montrent comment ce déficit de confiance réduit significativement l’emploi, la croissance et, surtout, l’aptitude des Français au bonheur.

Handicap et dépendance – Drames humains, enjeux politiques

Florence Weber, 2011

Drames privés ou question publique ? De quoi et de qui parle-t-on quand on parle de dépendance ? Le terme, d’origine médicale, désigne l’incapacité à accomplir sans aide les actes essentiels de la vie quotidienne, qui touche les handicapés, les malades chroniques, les vieillards infirmes ou déments. La réforme de la dépendance, promesse électorale depuis trois campagnes présidentielles, devrait donner une base cohérente aux politiques visant à compenser ces difficultés, pour assurer la survie et promouvoir l’autonomie des personnes concernées.
Au-delà des débats sur le financement de cette nouvelle protection sociale, ce petit livre éclaire les enjeux humains d’une réforme attendue en tentant de faire entendre les points de vue des personnes handicapées elles-mêmes, de leurs familles et des professionnels de l’aide. Il plaide pour la suppression de la barrière des 60 ans entre handicap et dépendance, ainsi que pour la construction d’un nouveau secteur professionnel de l’aide, à domicile et en institution.

Faut-il abolir le cumul des mandats ?

Laurent Bach, 2012

Le cumul d’un mandat électif national avec un mandat local est encore aujourd’hui la règle à l’Assemblée nationale : en France, depuis trente ans, on hésite manifestement, malgré de nombreuses tentatives, à légiférer de manière décisive sur ce sujet.
À partir d’une analyse empirique des résultats aux élections et du travail des députés depuis 1988, Laurent Bach remet en cause les prémisses de ce débat. Il démontre que la détention d’un mandat local ne donne aucun avantage réel lors des élections législatives. En revanche, nos institutions encouragent plus qu’ailleurs les députés à développer leur implantation locale, ce qui en fait des candidats naturels lors des élections municipales, cantonales et régionales. De là naît une forte propension au cumul des mandats, en dépit des contraintes de temps et d’organisation que cette pratique entraîne.
Cette situation a un coût : les députés qui cumulent sont nettement moins impliqués dans les débats nationaux et concentrent leurs interventions sur les sujets touchant aux collectivités locales. C’est pourquoi une régulation est nécessaire. À l’évidence, les citoyens doivent pouvoir accéder plus simplement au contenu détaillé de l’activité des parlementaires. Surtout, il faut imposer enfin le mandat unique pour nos députés.

Avoir un enfant plus tard: Enjeux sociodémographiques du report des naissances

Hippolyte d’Albis, Angela Greulich et Grégory Ponthière, 2015

Les évolutions de la natalité sont le plus souvent appréhendées à l’aune d’un unique indicateur, le nombre d’enfants par femme. Pourtant, le calendrier des naissances, c’est-à-dire les âges auxquels une mère donne naissance à ses enfants, éclaire utilement les dynamiques sociodémographiques. L’âge de la maternité se révèle, en particulier, être un marqueur social car il s’accroît avec les niveaux d’éducation et de revenus des parents. Aujourd’hui, parmi celles ayant le moins de perspectives sociales, on trouve souvent des filles-mères.
Force est de constater que le calendrier des naissances est naturellement lié aux autres décisions importantes qui rythment le cycle de vie : nombre d’enfants, bien sûr, mais aussi temps consacré aux études et rôle des femmes sur le marché du travail. Même si on a trop souvent tendance à s’alarmer du report des naissances, les âges de la maternité ne sont pas des variables ni des objectifs des politiques publiques ; c’est plutôt le contraire : ils réagissent indirectement à certaines politiques, et peuvent de ce fait en annihiler les effets.
Dans cet opuscule, le calendrier des naissances sert à lire certaines dynamiques sociales, économiques et démographiques propres aux sociétés européennes et, en particulier, aux sociétés française et allemande. Nous mettons en perspective le phénomène de report des naissances qui caractérise depuis plusieurs décennies la démographie européenne en analysant précisément ses ressorts et implications.

Repenser l’Immigration en France

Hillel Rapoport, 2018

La question de l’immigration fait partie des grands débats publics de la France d’aujourd’hui. Ce débat est d’autant plus vif qu’il a été ranimé, d’une part, par la « crise des migrants » que connaît actuellement l’Europe et, d’autre part, par les attentats qui ont récemment endeuillé notre pays. Si la question de l’immigration se pose avant tout en termes d’identité et de sécurité, sa dimension économique n’est pas à négliger : elle conditionne les perspectives d’intégration des immigrés présents sur le territoire national, ainsi que les degrés d’ouverture ou de fermeture auxquels seront confrontés les immigrants de demain.
Le constat que fait ce livre est le suivant. Depuis la fin des Trente Glorieuses, et malgré sa tradition d’asile et d’accueil, la France a voulu réduire une immigration qu’elle a perçue comme un « problème » ; ce faisant, elle a accueilli une proportion d’immigrants non qualifiés plus forte que les autres pays ; les à priori négatifs des Français vis-à-vis de l’immigration s’en sont trouvés renforcés, et leurs attentes à l’égard de politiques d’immigration restrictives, renforcées. La France s’est ainsi enfermée dans un cercle vicieux : faible taille, faible qualification et faible diversité de son immigration l’empêchent de tirer parti des bénéfices économiques qu’une immigration plus importante, mieux sélectionnée sur la base de l’éducation et des qualifications, et originaire d’un champ géographique plus large et plus varié que l’ancien champ colonial, pourrait lui apporter.
Nous devons donc repenser notre politique d’immigration en nous inspirant des résultats de la recherche et des expériences de pays disposant d’une immigration plus qualifiée et plus diversifiée, plus large et plus consensuelle à la fois.

Les Français, le bonheur et l’argent

Yann Algan, Elizabeth Beasley, Claudia Senik, 2018

Bonheur, satisfaction dans la vie, confiance et optimisme : où en sont les Français ? Il existe une spécificité française en matière de bien-être et ce livre met en lumière plusieurs paradoxes.
Les Français se disent moins heureux et plus pessimistes que la plupart des citoyens des autres pays européens ; ce mal-être concerne avant tout les questions économiques ; et c’est en France que la relation entre bonheur et argent est la plus forte. Ceci vient sans doute de leur défiance vis-à-vis des institutions : ne pouvant plus compter sur elles pour organiser leur destinée collective et les protéger contre les principaux risques de la vie, les Français se replieraient sur leurs ressources personnelles. Au malheur collectif s’oppose alors un bonheur privé.
Mal-être et défiance se traduisent par un processus de polarisation politique, avec la montée de l’extrême droite notamment. Lors des dernières élections présidentielles, le vote en faveur d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen a marqué le clivage entre optimistes et pessimistes. Quelle que soit sa postérité, le sursaut d’optimisme du mois de juin 2017 montre que, même si l’état d’esprit des Français est si ancien qu’il finit par se confondre avec une attitude culturelle, il n’est pas pour autant irréversible.

Bien publics, charité privée

Gabrielle Fack, Camille Landais, Alix Myczkowski, 2018

Dans un contexte de crise des finances publiques, les États cherchent à encourager les financements volontaires alternatifs à la taxation pour financer les biens publics comme les institutions culturelles, l’éducation, la recherche… Ils ont donc mis en place depuis une quinzaine d’années des incitations fiscales au don, avec l’espoir d’atteindre un niveau de financement privé similaire à celui des États-Unis, où le niveau de philanthropie est beaucoup plus élevé qu’en Europe. Ainsi en France, un euro de don ouvre aujourd’hui le droit à une réduction d’impôts comprise entre 0,66 et 0,75 euro. Alors que les dépenses publiques associées à ces incitations augmentent, il faut s’interroger sur l’efficacité de tels dispositifs : dans quelle mesure l’État peut-il encourager la charité privée au moyen d’incitations financières ?
Pour répondre à cette question, il faut analyser et comparer les niveaux de dons dans les différents pays. Après avoir rassemblé les sources disponibles pour étudier le financement des biens privés autour du monde, en comparant en particulier l’évolution des dons en France, aux États-Unis, au Canada et au Danemark, les auteurs cherchent à comprendre les motivations des donateurs puis analysent l’efficacité des incitations fiscales au don, prenant en compte le fait que les incitations financières sont parfois contreproductives dans le cas de la charité privée. Comment améliorer le dispositif existant ?

Protection sociale et emploi

L’État providence en Europe – Performance et dumping social

Mathieu Lefebvre, Pierre Pestieau, 2012

Cet opuscule propose une mesure de la performance des États-providence européens fondée sur la manière dont ils traitent des inégalités sociales, de santé, d’emploi et d’éducation. Cette mesure permet de comparer la performance des pays de l’Europe des quinze avec celle des douze nouveaux membres ; elle donne aussi la possibilité de tester l’hypothèse d’un éventuel dumping social à l’œuvre dans ces pays ; enfin elle peut être utilisée pour mieux appréhender la façon dont les différents États européens prennent en charge les personnes âgées.
Sans surprise, les pays nordiques présentent les meilleurs scores. En revanche, l’entrée des douze nouveaux membres a eu un effet contrasté. Certains, telles la République Tchèque ou la Slovénie, font aussi bien que les meilleurs de l’Europe des quinze, alors que d’autres, la Roumanie et la Bulgarie en particulier, sont à la traîne. On n’y observe pas de dumping social et, en dépit de l’augmentation du taux de dépendance, le bien-être des personnes âgées n’y a pas progressé au cours de la dernière décennie.

Les allocations logement, comment les réformer ?

Antoine Bozio, Gabrielle Fack et Julien Grenet, 2015

Les aides personnelles au logement constituent le principal instrument de la politique du logement en France. Près de 6 millions de ménages en bénéficient chaque année, pour un coût global de près de 18 milliards d’euros.
La réforme proposée ici propose de fusionner les aides au logement, le RSA et la PPE en une prestation unique. Simplification utile du système de protection sociale français, l’intégration des aides au logement au sein d’une prestation ni spécifiquement « fléchée » ni affectée à ce poste de consommation diminuerait, en outre, le risque de capture des aides par les bailleurs, tout en accroissant les incitations au retour à l’emploi. Une telle réforme permettrait ainsi que les sommes allouées aux aides au logement bénéficient réellement aux ménages qu’elles ont vocation à soutenir.

Emploi et chômage

La flexisécurité danoise : quels enseignements pour la France ?

Robert Boyer, 2006

Alors que dans nombre de pays européens une fraction notable de la population continue à souffrir d’un chômage élevé et de longue durée, il est un pays qui, en l’espace de quelques années, est parvenu à réduire de moitié son taux de chômage. Ce pays, le Danemark, a depuis lors retenu l’attention des chercheurs comme des responsables politiques, au point de constituer un « modèle » original combinant flexibilité pour les entreprises et sécurité pour les salariés.
Robert Boyer explore ici les raisons de ce succès, en montre l’origine historique et en tire quelques enseignements prudents concernant l’applicabilité du « modèle danois » en dehors de ses frontières, et tout particulièrement en France.

Bas salaires et qualité de l’emploi : l’exception française ?

dir. Ève Caroli, Jérôme Gautié, 2009

Les pays industrialisés avancés ont connu de profondes mutations économiques au cours des vingt-cinq dernières années : globalisation croissante, déréglementation de nombreux secteurs, diffusion de nouvelles technologies et formes d’organisation du travail… Ces mutations se sont traduites par une pression concurrentielle accrue sur les entreprises, qui ont été amenées à modifier radicalement leur mode de gestion, et notamment la gestion de leur main-d’œuvre. Quelles en ont été les conséquences pour les travailleurs peu qualifiés et peu rémunérés ?
Si beaucoup de travaux traitent des répercussions de cette évolution en termes de niveau d’emploi et de chômage, c’est à la qualité de l’emploi que l’on s’intéresse ici. Cette qualité renvoie, au-delà de la seule rémunération, à l’ensemble des conditions de travail. Le cas français est situé par rapport à celui d’autres pays européens (Allemagne, Danemark, Pays-Bas et Royaume-Uni) et des enquêtes de terrain ont été conduites de manière approfondie dans six secteurs : l’industrie agroalimentaire, les hôpitaux, les hôtels, la grande distribution, les centres d’appel et l’intérim.
Il en ressort que si, en France, la part des travailleurs à bas salaire est relativement faible, leurs conditions de travail sont particulièrement dures. Cette spécificité découle de notre modèle de régulation du marché du travail : les règles juridiques sont nombreuses (du smic à l’encadrement des contrats temporaires), mais les contre-pouvoirs effectifs sur les lieux de travail sont insignifiants dans beaucoup de secteurs. Cela tient pour l’essentiel à la faiblesse et à la division des syndicats, mais aussi à un niveau de chômage élevé qui contribue à saper le pouvoir de négociation des travailleurs les plus vulnérables.

Comment faut-il payer les patrons ?

Frédéric Palomino, 2011

Les excès récemment observés dans le niveau de salaire de certains grands patrons suggèrent l’existence, au sein des entreprises, de dysfonctionnements importants dans les politiques de rémunération.
Cet opuscule a un double objectif. Il analyse tout d’abord les contrats dont bénéficient les dirigeants d’entreprise et propose des changements pour que leurs rémunérations soient plus directement liées à leurs performances et à leur action. Il étudie ensuite le fonctionnement des organes de décision qui attribuent ces contrats – les conseils d’administration. Comment modifier la composition et le fonctionnement des CA pour qu’ils soient plus indépendants vis-à-vis des PDG et que les contrats de rémunération octroyés aient les effets souhaités ?

Pour une retraite choisie : l’emploi des seniors

Jean-Olivier Hairault, François Langot, Thepthida Sopraseuth, 2008

En France, l’emploi des seniors est en panne, tandis que nos voisins européens ont mieux réussi dans ce domaine depuis le milieu des années 1990. Existe-t-il une spécificité, voire une fatalité française, ou nos réformes sont-elles inadaptées, donc inopérantes ?
Cet opuscule propose d’aller beaucoup plus loin dans les politiques d’incitation à la prolongation d’activité, encore bien timides en France. Il faut casser la norme du départ précoce en mettant en place de fortes surcotes en capital et une liberté complète dans le cumul emploi-retraite. Une telle politique aura des conséquences positives sur l’emploi après 60 ans, mais également sur celui des quinquagénaires en repoussant les effets de bord créés par l’âge de la retraite, qui freinent fortement la demande et l’offre de travail des seniors.

Pour l’emploi des seniors — Assurance chômage et licenciements

Jean-Olivier Hairault, 2012

Concernant les seniors, le système français continue d’entretenir l’inactivité plutôt que l’emploi. Si les préretraites publiques ont peu à peu disparu depuis dix ans, la majorité des entreprises choisissent aujourd’hui encore d’ajuster leurs effectifs à la baisse par le départ des seniors. Et cette volonté ne rencontre guère de résistance chez les intéressés, dans la mesure où un système d’assurance chômage spécifique leur permet d’attendre la retraite dans des conditions acceptables.
Nous proposons une réforme qui, en rendant plus difficile l’accès à la retraite via le chômage indemnisé, permettrait de limiter les sorties consensuelles de l’emploi par une combinaison optimale entre assurance et incitations en fin de carrière. Il faudrait compléter ce dispositif par une taxe spécifique pénalisant les entreprises qui continueront de licencier des seniors.

Bien ou mal payés ? Les travailleurs du public et du privé jugent leurs salaires

Christian Baudelot, Damien Cartron, Jérôme Gautié, Olivier Gaudechot, Michel Gollac et Claudia Senik, 2014

Le salaire est une composante essentielle du niveau de vie. Son montant représente pour l’immense majorité des travailleurs un enjeu considérable. Comment les salariés perçoivent-ils à la fois le salaire qu’ils touchent et les écarts qui le séparent de celui des autres ? Portant sur les modalités subjectives de la perception des salaires ainsi que sur les critères de justice auxquels se réfèrent les individus pour évaluer leur montant, les deux grandes enquêtes dont est issu cet ouvrage mettent au jour les relations que les travailleurs entretiennent avec leur salaire ainsi que le sens qu’ils attribuent à leur rémunération.
Un même questionnaire, l’enquête « SalSa » (« Les salaires vus par les salariés »), a été administré à un échantillon de salariés des entreprises, privées et publiques, d’un côté, et à un échantillon de salariés de la fonction publique, de l’autre.
Il ressort de notre enquête que, du point de vue des salariés, le salaire ne se réduit jamais à une simple somme d’argent destinée à satisfaire des besoins. C’est également une façon de mesurer la valeur du travail accompli, sa reconnaissance par la société et donc la valeur de la personne elle-même du salarié, en soi, et en relation avec les autres. C’est pourquoi la façon dont les individus connaissent, appréhendent et jugent leur rémunération et celle des autres est un élément essentiel pour comprendre les procédures de détermination et donc de négociation des salaires, mais aussi le sens que les individus attribuent à leur travail.

Qualité de l’emploi et productivité

Philippe Askenazy et Christine Erhel, 2017

En France comme dans la plupart des pays européens, la croissance de la productivité du travail a ralenti depuis 2008, et cette tendance semble désormais toucher aussi les États-Unis. Les explications souvent avancées apparaissent insuffisantes, qu’elles insistent sur les problèmes de mesure liés aux « investissements intangibles », sur l’atonie durable de la demande en Europe ou encore sur la nature du progrès technique, qui induirait des gains de productivité durablement faibles.
Cet opuscule explore une autre dimension : les ajustements de l’emploi. Du maintien de l’emploi des diplômés au développement de l’autoentrepreneuriat, ils contribuent massivement au ralentissement de la productivité, notamment en période de récession. Au-delà de cette phase, les auteurs mettent en débat la stratégie de lutte contre le chômage par la baisse du coût du travail et la flexibilité, qui peut conduire non seulement à dégrader la qualité de l’emploi, mais également à affaiblir la dynamique de la productivité.

La Polarisation de l’emploi en France, ce qui s’est aggravé depuis la crise de 2008

Ariell Reshef et Farid Toubal, 2019

La France a subi un changement structurel rapide au cours des trois dernières décennies. Elle n’est plus seulement spécialisée dans quelques domaines du secteur manufacturier mais s’est tournée vers celui des services : recherche et développement, activités de commerce ou du secteur financier. Le marché du travail, en accroissant la proportion des emplois à bas et haut salaire au détriment des emplois intermédiaires, s’est fortement polarisé – et la crise de 2008 a exacerbé ce phénomène, probablement lié à l’essor des nouvelles technologies et à l’élargissement de la mondialisation.
Vecteur d’inégalités salariales, la polarisation de l’emploi ravive aussi les tensions sociales et les passions politiques. Pour autant, les effets négatifs de ces changements majeurs ne sont pas inévitables. A. Reshef et F. Tubal ouvrent ici des pistes de réflexion originales sur le devenir de l’emploi en France. Et proposent des politiques publiques d’ajustement et de formation qu’il faudrait adopter pour que les gains engendrés par le progrès économique soient mieux répartis.

Assurance-maladie et politiques de santé

La lancinante question de l’assurance-maladie

Pierre-Yves Geoffard, 2006

L’assurance maladie est un chantier permanent : dans la seule histoire récente, quelque 24 réformes se sont succédé depuis le plan Barre de 1976. Pour le résultat que l’on sait : en 2004, le déficit de la branche maladie du régime général de la sécurité sociale est de 12,3 milliards d’euros, le plus élevé jamais enregistré. En France, l’architecture générale de la dernière réforme en date repose essentiellement sur la régulation de la demande de soins, et très peu sur l’offre de soins. Est-ce la bonne manière de procéder ?
S’appuyant sur les réformes engagées dans d’autres pays, P. -Y. Geoffard présente un examen critique des réformes françaises en général et de la réforme récente en particulier.

Les dépenses de santé : une augmentation salutaire ?

Brigitte Dormont, 2009

Depuis le milieu du XXe siècle, les pays développés connaissent une augmentation continue des dépenses de santé et un formidable accroissement de la longévité. Quel est le lien entre ces deux évolutions ? Contrairement à une opinion répandue, le vieillissement ne joue qu’un rôle mineur dans la croissance des dépenses de santé. Celle-ci résulte principalement de la dynamique du progrès médical : de nouveaux produits et de nouvelles procédures apparaissent continuellement, dont la diffusion alimente la consommation de soins.
Ces dépenses sont-elles justifiées ? Doivent-elles continuer à progresser ? Brigitte Dormont montre que leur croissance soutenue peut correspondre à un optimum collectif. Certes, le coût des soins augmente rapidement mais leur efficacité aussi. Une augmentation de la longévité, une baisse des handicaps et une amélioration de la qualité de la vie sont obtenues en contrepartie des dépenses de santé. Et la valeur de ces gains en bien-être dépasse largement le coût des soins.

Obésité – Santé publique et populisme alimentaire

Fabrice Étilé, 2013

L’obésité n’est pas seulement un enjeu de santé publique. Son développement questionne notre modèle alimentaire et, au-delà, notre modèle de production agroalimentaire.
Les industriels ne s’y sont pas trompés, cachant une défense de ce modèle productif sous les habits de la gastronomie et du plaisir gustatif. De fait, ce sont bien les arbitrages des consommateurs entre santé et plaisir qui, in fine, déterminent le succès ou l’échec des politiques d’alimentation et de santé nutritionnelle. Mais font-ils ces arbitrages de manière souveraine et pleinement responsable ?
À cette question, centrale pour la construction d’une politique alimentaire cohérente, Fabrice Étilé répond par la négative.
C’est bien l’environnement et l’offre alimentaire qu’il faut changer, et les comportements suivront. Dans cette perspective, il propose un ensemble de pistes d’action combinant étiquetage, fiscalité, régulation de l’environnement alimentaire et réforme des filières agroalimentaires.

Competition Between Hospitals

Brigitte Dormont and Carine Milcent (Eds.), 2018

À la suite des États-Unis, la plupart des pays européens ont réformé leurs hôpitaux au début des années 2000 avec un nouveau système de tarification visant à accroitre l’efficience dans la délivrance des soins. Ces réformes ont introduit une forte pression sur les hôpitaux afin qu’ils réduisent leurs coûts. C’est pourquoi leur mise en œuvre peut susciter soulever des inquiétudes sur la qualité des soins. Une solution est d’encourager une concurrence en qualité entre les hôpitaux.
Le but de cet ouvrage est de présenter les résultats théoriques et empiriques concernant l’impact de la concurrence sur la qualité des soins hospitaliers. Les contributions ici rassemblées émanent d’économistes universitaires qui sont les meilleurs spécialistes du sujet au niveau international. Ils s’intéressent aux questions suivantes : intensifier la concurrence à prix fixe entre les hôpitaux conduit-il à une meilleure qualité des soins ? Les objectifs ou le statut – public ou privé – des hôpitaux peuvent-ils modifier l’impact de la concurrence ? Doit-on attendre un impact identique quel que soit le cas ou la maladie traités ? Est-il pertinent d’introduire de la concurrence entre des hôpitaux qui ont des cahiers des charges différents ?

Système de retraite

La réforme du système des retraites : à qui les sacrifices ?

Jean-Pierre Laffargue, 2007

Le vieillissement des populations, que l’on observe dans tous les pays industrialisés, déstabilise leur système de retraites. De nombreuses réformes sont en cours de discussion ou de mise en œuvre. Leur but est de redéfinir les modalités des solidarités intergénérationnelles.
Jean-Pierre Laffargue montre ici que l’abandon d’un système de répartition à la française en faveur d’un système par capitalisation ne peut résoudre les difficultés nées du vieillissement. Il y aura toujours un sacrifice à répartir entre toutes les générations, vivantes et à naître.
Deux choix politiques (et électoraux) sont alors possibles, l’un clairement en faveur des seniors et en défaveur des nouvelles générations, l’autre équilibré. Si l’on en juge par l’évolution des endettements publics, c’est la première voie que des pays comme les États-Unis, l’Italie, le Royaume-Uni ou la France ont d’ores et déjà choisi.

Pour un nouveau système de retraite : des comptes individuels de cotisations financés par répartition

Antoine Bozio, Thomas Piketty, 2008

Le système de retraite français est morcelé, complexe, incompréhensible pour la majorité des citoyens et sa stabilité financière à long terme est mise en cause. Il est source d’angoisse et d’incertitudes alors que sa raison d’être est d’offrir des garanties que les marchés financiers ne peuvent pas proposer.
Cet opuscule part du constat que seule une remise à plat générale permettra de rétablir la confiance dans l’avenir du système public d’assurance vieillesse par répartition. Antoine Bozio et Thomas Piketty proposent une refonte complète des régimes actuels et la création d’un système unifié de comptes individuels de cotisations offrant les mêmes droits et les mêmes règles à tous les travailleurs (public, privé, non salariés).
Ce nouveau système facilite la mobilité professionnelle et garantit l’équilibre financier, grâce à une prise en compte progressive de l’augmentation de l’espérance de vie. Il avantage les plus modestes et permet de mieux cibler la solidarité vers ceux dont la carrière a subi des aléas. Les difficultés liées à la transition entre l’ancien et le nouveau système sont réelles, mais surmontables, pourvu qu’existe la volonté politique de préserver l’avenir à long terme du système public par répartition.

Discriminations

La discrimination à l’embauche sur le marché du travail français

Nicolas Jacquemet, Anthony Edo, 2013

Cet opuscule propose un état des lieux des connaissances sur la nature, la mesure et l’ampleur de la discrimination à l’embauche sur le marché du travail français. Il s’appuie sur les résultats d’une nouvelle étude destinée à explorer les sources de la discrimination observée. L’originalité de cette méthode est de présenter des CV portant des noms identifiés à des origines particulières (françaises, maghrébines…) et d’autres dont l’origine est considérée comme « inconnue » par les recruteurs potentiels. Les résultats montrent que la discrimination à l’embauche à l’encontre des candidats issus de l’immigration est massive. Cette inégalité affecte toutes les candidatures d’origine étrangère, rejetant l’hypothèse d’une défiance ciblée à l’encontre de vagues particulières d’immigration. La question de la discrimination se pose ainsi surtout en termes d’opposition entre le groupe majoritaire, « autochtone », et l’ensemble des individus issus de l’immigration. Il faut cependant noter que la discrimination d’origine affecte beaucoup plus les candidatures masculines que les candidatures féminines.

Hommes/Femmes: Une impossible égalité professionnelle ?

Dominique Meurs, 2014

Le thème de l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes est un vrai serpent de mer : chaque année, aux alentours du 8 mars (la « Journée de la femme »), est dénoncée l’inégalité persistante entre les hommes et les femmes sur le marché du travail ; le discours se concentre sur le contenu à donner au terme d’« égalité » ; parfois, une loi est votée. Puis rien ne semble beaucoup évoluer, jusqu’au 8 mars suivant…
Cet opuscule commence par retracer les progrès accomplis en matière d’égalité hommes/femmes dans les dernières décennies. Pourtant, alors que désormais les femmes sont plus éduquées que les hommes, les inégalités professionnelles demeurent marquées. L’analyse de leurs déterminants et des politiques publiques – notamment des expériences étrangères – montre que pour résorber des inégalités de salaire persistantes, il faudra mettre en place des politiques de longue haleine. Elles seules pourront avoir des effets durables, en affectant les comportements individuels et les normes sociales.

Filles + Sciences = Une équation insoluble ?

Marianne Blanchard, Sophie Orange et Arnaud Pierrel, 2016

Les filles constituent quasiment la moitié des bacheliers scientifiques et réussissent mieux à cet examen que les garçons. Pourtant les grandes écoles d’ingénieurs – qui représentent plus que jamais la voie d’accès aux positions de pouvoir – demeurent aujourd’hui des bastions masculins. C’est cette énigme apparente qu’il s’agit de résoudre : comment rendre compte de cette « disparition » des filles ? Où sont-elles passées ?
En mobilisant un large spectre de sources statistiques et une enquête conduite auprès d’élèves de classes préparatoires scientifiques à la demande de la direction de l’École normale supérieure, ce livre propose une approche originale en considérant cette disparition comme un fait social à part entière. Comment certains parcours scolaires et certaines destinées professionnelles en viennent-ils à être reconnus comme ouverts aux femmes ? Quels mécanismes d’incitation poussent les uns plus que les autres à se sentir à leur place dans ces parcours scolaires d’excellence scientifique ? Comment les rapports aux savoirs qui y ont cours participent-ils au maintien de ces bastions masculins ?
Cette étude pourra intéresser un large public : élèves, enseignants, parents d’élèves, conseillers d’orientation, mais aussi responsables politiques ou associatifs en charge de la promotion des carrières scientifiques féminines, ainsi que sociologues et économistes spécialistes des questions scolaires et/ou de genre.

Politiques de la concurrence

Électricité : faut-il désespérer du marché ?

David Spector, 2006

Au cours des dernières années, le prix de l’électricité sur le marché libre a augmenté en France autant que chez nos voisins, alors que les coûts de la production française, principalement nucléaire, n’ont été que peu affectés par le renchérissement des énergies fossiles. Comment expliquer ce paradoxe apparent ? Faut-il accuser la libéralisation et renforcer la régulation publique des prix, ou au contraire invoquer l’insuffisance de la concurrence et placer ses espoirs dans la poursuite de la libéralisation et de l’intégration européenne ?
À partir d’une analyse du marché français, David Spector montre que ces positions sont toutes deux erronées et évalue les différentes politiques possibles face à la « rente nucléaire ».

Les soldes de la loi Raffarin. Le contrôle du grand commerce alimentaire

Philippe Askenazy, Katia Weidenfield, 2007

La Commission européenne a mis la France en demeure de modifier sa législation concernant l’équipement commercial. Le dispositif actuel, issu de la loi Raffarin de 1996, subordonne l’ouverture de toute surface de vente supérieure à 300 m2 à une autorisation. Accusée par les uns de ne pas freiner suffisamment l’expansion du grand commerce, par les autres d’être contraire à la liberté d’établissement, la loi Raffarin est un sujet de polémique.
Philippe Askenazy et Katia Weidenfeld évaluent ici les conséquences de cette loi pour l’ensemble des acteurs dans le secteur alimentaire. Née pour casser l’essor du hard discount, la loi a effectivement érigé des barrières à l’entrée de nouveaux concurrents. Mais le système, à l’application incertaine, a engendré d’importants effets pervers pour les consommateurs comme pour les travailleurs.

La Loi Galland sur les relations commerciales : jusqu’où les réformer ?

Marie-Laure Allain, Claire Chambolle, Thibaud Vergé, 2008

Depuis le début des années 1970, le secteur commercial a connu une accumulation de lois destinées à encadrer le développement de la grande distribution (lois Royer et Raffarin) et à protéger ses petits concurrents et ses fournisseurs (loi Galland). Les effets inflationnistes de ces mesures n’ont cessé d’être dénoncés au cours des dernières années et une vague de réformes récentes a fait marche arrière en allant vers une déréglementation du secteur.
À la lumière d’analyses économiques théoriques et empiriques, cet opuscule montre que le projet de loi de modernisation de l’économie risque de se tromper de cible. Si les lois Dutreil II et Châtel apparaissent comme un dispositif satisfaisant pour supprimer les effets néfastes de la loi Galland, il faut maintenant se concentrer sur la réforme de la loi Raffarin en s’attaquant aux monopoles locaux de la distribution et en favorisant l’entrée de nouveaux acteurs : seule une concurrence accrue au niveau local permettrait de répondre à la fois aux craintes des fournisseurs et aux demandes des consommateurs.

Aménagement du territoire

Les pôles de compétitivité : que peut-on en attendre ?

Gilles Duranton, Philippe Martin, Thierry Mayer, Florian Mayneris, 2008

Le 12 juillet 2005, le gouvernement a labellisé 67 « pôles de compétitivité » ou clusters. Ils sont aujourd’hui au nombre de 71. La politique d’aménagement du territoire est passée d’une intervention publique destinée à aider les régions en difficulté à une politique visant à encourager les plus dynamiques. Un objectif d’efficacité s’est ainsi substitué à un objectif d’équité. Sur quoi se fonde-t-il ? Sur l’idée que le regroupement des activités de production et de recherche permet d’améliorer la productivité des entreprises.
Cet opuscule analyse les mécanismes économiques qui sous-tendent la logique des clusters. S’il est vérifié pour la France que le regroupement d’activités a bien un impact positif sur la productivité, l’étude d’une politique existante de développement des clusters suggère cependant que le rôle des politiques publiques est en réalité modeste.

En finir avec les ghettos urbains ?

Miren Lafourcade et Florian Mayneris, 2017

Malgré les multiples politiques conduites depuis près de trente ans pour venir en aide aux habitants des ghettos urbains que sont devenues certaines banlieues françaises, la situation y demeure extrêmement difficile. Pauvreté, chômage, échec scolaire, faible accès aux soins, violence : comment enrayer la spirale négative dans laquelle sont entraînés les quartiers dits prioritaires ?
Les évaluations dont nous disposons concordent pour montrer que plusieurs “politiques zonées” emblématiques n’ont pas obtenu les résultats escomptés, en particulier les zones franches urbaines (ZUF), basées sur des allègements de charges et d’impôts offerts par les pouvoirs publics aux entreprises localisées dans les quartiers “prioritaires”. L’évaluation de dispositifs similaires mis en œuvre aux États-Unis ou au Royaume-Uni conforte cette conclusion. La surreprésentation de populations fragiles amplifie les handicaps sociaux dont souffrent les habitants de ces quartiers, rendant ces politiques souvent inopérantes.
Cette situation appelle des politiques plus radicales, combinant mixité sociale, mixité scolaire et accompagnement individualisé : discrimination positive sur le marché du travail, “emplois francs”, pénalités renforcées pour les communes qui ne respectent pas la part de logements sociaux prévus par la loi ou encore dispositifs de busing inspirés des États-Unis. Autant de politiques qui pourraient utilement venir compléter la boîte à outil du gouvernement.

Politiques culturelles

Le prix unique du livre à l’heure numérique

Mathieu Perona, Jérôme Pouyet, 2010

Longtemps attendue, l’émergence du livre numérique annonce l’arrivée de biens et d’acteurs qui vont ébranler le secteur de l’édition et de la vente de livres. Ce secteur est-il en mesure de réagir à l’implantation d’une nouvelle chaîne du livre numérique qui ne serait pas régie par ce dispositif central du livre physique qu’est le prix unique ?
Tirant partie de la théorie économique, des comparaisons internationales et des données existantes, les auteurs avancent que le prix unique du livre n’a mérité ni l’excès d’honneur ni l’indignité dont le débat public l’a chargé. Ainsi, il n’est pas certain que le prix unique ait eu des conséquences importantes sur le prix du livre, pas plus que son absence dans d’autres pays ne semble avoir véritablement nui à la production éditoriale.
Dans sa forme actuelle toutefois, le prix unique du livre entrave partiellement le repositionnement des libraires sur leur apport essentiel à la chaîne du livre, numérique comme physique : la création d’information sur le livre et l’appariement entre titres et lecteurs. Des modifications des relations entre éditeurs et libraires, associées à un prix unique plus dynamique, permettraient ainsi au secteur du livre papier de mieux répondre à l’arrivée de son alter ego numérique.

Portrait des musiciens à l’heure du numérique

Maya Bacache-Beauvallet, Marc Bourreau, François Moreau, 2011

Cet opuscule brosse le portrait du nouvel environnement dans lequel évoluent les artistes musiciens et décrit leur condition à l’ère du numérique. Parallèlement au développement de la consommation gratuite de musique sur Internet, les ventes de musique enregistrée se sont effondrées depuis 2003. Pourtant, durant la même période, les revenus des musiciens n’ont pas baissé.
Les auteurs exploitent ici les résultats d’une enquête menée auprès des artistes de l’Adami, la société civile pour l’Administration des droits des artistes et musiciens-interprètes, pour examiner la perception qu’ont les musiciens eux-mêmes des récentes transformations de leur métier. Il en ressort qu’ils sont loin d’avoir saisi de manière uniforme toutes les opportunités offertes par le numérique, ni été exposés de manière homogène aux risques présentés par cette innovation.

Politiques du sport

L’Argent du Football

Luc Arrondel, Richard Duhautois, 2018

Le 26 octobre 1863 au Freemasons’ Tavern du Lincoln’s Inn Fields de Londres, dix-sept représentants des public schools anglaises se réunirent pour unifier les règles du football qui variaient alors d’un collège à l’autre. Ces représentants n’étaient pas conscients d’écrire l’un des chapitres importants de l’histoire populaire moderne. Treize représentants ont voté en faveur des treize lois qui unifièrent les règles du football association dont la règle 11 à l’origine de la discorde : “Un joueur ne peut passer la balle à un autre à la main” (les quatre votants contre participeraient ensuite à la création du rugby). Ces précurseurs imaginaient-ils qu’un siècle et demi plus tard, la terre entière assiste à une finale de la Coupe du monde ? Comment est-on passé d’une pratique sportive destinée à la formation des futures élites anglaises, ou en France à une pratique de patronage, à ce “business universel” ? Cet ouvrage s’intéresse au football de l’ère dite “post-moderne”, celle qui débute dans les années 1990 avec l’arrêt Bosman, l’explosion des droits TV, l’arrivée des milliardaires et des Etats dans l’univers du ballon rond. L’objectif est d’éclairer le débat sur l’argent du football en sortant des discours convenus. Le montant des transferts et des salaires des footballeurs durant l’été 2017 n’ont en effet pas manqué de susciter de fortes critiques et des commentaires catastrophistes : la “bulle” des transferts va exploser ; le “boom” économique du football mènera au “krach” et à la “crise” ; le modèle économique du football n’est pas “durable”… Ces critiques et ces craintes sont-elles fondées ? Est-ce vraiment la fin du football comme certains le prétendent ?

Mondialisation, développement et environnement

Écologie et environnement

Pour la taxe carbone : la politique économique face à la menace climatique

Katheline Schubert, 2009

Devant l’urgence de la menace constituée par le réchauffement climatique, le moment est venu d’agir, malgré les incertitudes et même quand de puissants intérêts s’y opposent. Pour susciter l’innovation en matière de technologies moins émettrices de carbone, pour favoriser le développement des énergies renouvelables, et pour inciter les consommateurs et les entreprises à diminuer leur utilisation d’énergies fossiles, la méthode la plus efficace est de donner un prix à l’émission de carbone. Un prix unique et, si possible, universel, qui guidera les décisions des acteurs économiques de façon cohérente.
Différentes options se présentent pour y parvenir, dont il faut analyser les mérites et les défauts. Cet opuscule s’attache ainsi à montrer qu’une taxe carbone bien pensée et bien calibrée, construite en utilisant les apports de la science économique, est un instrument adapté pour réduire les émissions de carbone dans les meilleures conditions d’efficacité économique et de justice sociale.

Pour une politique climatique globale – Blocage et ouvertures

Roger Guesnerie, 2010

À partir d’une discussion sur le marché européen des droits d’émission de gaz à effet de serre et sur la défunte taxe carbone à la française, cet opuscule examine les questions de politique climatique sous tous leurs aspects. Il revient longuement sur la question cruciale des instruments : taxe ou marché de droits, exemptions pour faciliter une transition douce, ajustements aux frontières. Ce faisant, il souligne les enseignements tirés du savoir économique comme les contraintes posées par l’économie politique (la lucidité limitée dont témoigne le récent avis du Conseil constitutionnel sur la taxe carbone, le lobbying pour la gratuité des quotas…).
La conception de l’architecture internationale est, elle, dominée par deux questions essentielles : les effets du dispositif sur les prix des combustibles fossiles ; la nécessaire intégration des pays en développement, qui pour être généreuse doit renoncer à l’angélisme. Car l’accumulation d’initiatives locales ne peut être suffisante pour éviter un dépassement rapide du plafond de CO2 défini par les climatologues, alors que l’échec de Copenhague illustre les obstacles politiques à un accord global efficace. Roger Guesnerie propose des voies pour surmonter ces blocages et concevoir ainsi une Realpolitik climatique globale.

La Transition écologique en Chine, Mirage ou “Virage vert”

Stéphanie Monjon et Sandra Poncet, 2018

Chacun a pu voir dans la presse ou à la télévision des images impressionnantes de Pékin asphyxié par la pollution. La croissance économique spectaculaire de la Chine s’est appuyée sur une industrie très énergivore. Placé face à une crise écologique inédite, l’État chinois a dû réagir, adoptant début 2018 une nouvelle loi fiscale sur la protection de l’environnement et annonçant son ambition de devenir un champion de l’écologie. Lors des accords de Paris, il s’est aussi engagé à réduire considérablement son intensité carbone d’ici 2030.
Cette inflexion est toute récente. Pour évaluer la capacité de la Chine à réussir ce virage écologique, il faut tenter de comprendre tous les problèmes auxquels elle est confrontée. Les auteures passent en revue les évolutions politique et sociétales qui donnent de l’espoir, tout en soulignant l’ampleur des résistances et des difficultés pratiques. L’empire du Milieu s’est-il réellement engagé dans une transition écologique exemplaire ou n’est-ce qu’un mirage ?

Mondialisation

La mondialisation est-elle un facteur de paix ?

Philippe Martin, Thierry Mayer, Mathias Thoenig, 2006

Le commerce international n’est pas toujours un facteur de pacification des relations entre les pays. Certes, si deux pays commercent davantage de manière bilatérale, ils sont plus fortement incités à résoudre pacifiquement le conflit qui peut les opposer. Mais s’ils commercent davantage avec le reste du monde, la diversification des partenaires agit comme une assurance contre les coûts économiques d’un conflit militaire, et elle peut en augmenter la probabilité. La mondialisation, en affaiblissant les dépendances économiques locales, a donc une influence ambiguë sur la paix.
Étudiant l’équilibre entre commerce régional et multilatéral et le rôle des accords commerciaux, les auteurs montrent comment l’architecture des échanges internationaux, si elle est structurée de manière cohérence, permet de réduire la conflictualité. Cette réflexion est illustrée par quelques cas concrets (Turquie-Grèce et Inde-Pakistan).

Développement

L’Afrique des Inégalités : où conduit l’histoire

Denis Cogneau, 2006

En Afrique, au sud du Sahara, les différentes strates de l’histoire longue se sont accumulées pour faire de cette région celle où les inégalités de ressources et de conditions d’existence sont les plus élevées du monde. Dans les deux dernières décennies, la faillite des institutions extractives héritées de la colonisation, puis la vague de démocratisation ont contraint les nations africaines à affronter ces inégalités. La fragmentation de l’espace et le dualisme des sociétés ont conduit à une ethnicisation clientéliste du jeu politique et aux conflits que l’on observe aujourd’hui.
Étudiant l’histoire de la construction de ces inégalités et plusieurs exemples contemporains, Denis Cogneau souligne le poids de l’héritage inégalitaire, tout en montrant qu’il ne constitue pas une fatalité.

Le travail des enfants : quelles politiques pour quels résultats ?

Christelle Dumas, Sylvie Lambert, 2008

Dans de nombreux pays du Sud, le travail des enfants est un phénomène de grande ampleur. Pour les en protéger, faut-il tenter de l’interdire, en faisant au besoin pression de l’extérieur sur les échanges internationaux de certains biens manufacturés ? L’impact d’un tel boycott sera-t-il nécessairement bénéfique pour les enfants ? Sinon, quels sont les autres types d’interventions possibles ?
Cet opuscule s’attache à restituer la réalité du travail des enfants dans le monde, parfois bien éloignée des clichés. Si l’on veut agir efficacement, il faut identifier correctement les enfants concernés et se demander quels seraient leurs activités et leur niveau de vie s’ils ne travaillaient pas. En discutant la pertinence des différentes politiques visant à réduire le travail enfantin, Christelle Dumas et Sylvie Lambert suggèrent que la piste la plus prometteuse serait la mise en place de transferts de revenu conditionnels à la scolarisation des enfants.

Travailler pour être aidé? L’emploi garanti en Inde

Clément Imbert, 2013

Cet opuscule présente un aperçu des enjeux des systèmes de protection sociale dans les pays en développement, à travers l’exemple du programme national d’emploi garanti indien (le NREGS). Depuis 2005, la loi indienne garantit à chaque ménage rural le droit à 100 jours de travail par an sur les chantiers publics ; en 2012, on comptait plus de 50 millions de ménages bénéficiaires.
Ce choix d’obliger les pauvres à travailler pour recevoir l’aide sociale a fait débat. Le principal argument en faveur de l’obligation de travail était un meilleur ciblage de l’aide vers les ménages les plus pauvres, dans une économie informelle où l’État ne connaît pas leur revenu. Mais cette obligation est coûteuse, à la fois pour les ménages, qui renoncent à d’autres possibilités d’emploi, et pour l’administration, qui doit constamment créer du travail sur les chantiers publics.
Le second objectif du programme était d’augmenter salaires et productivité dans les zones rurales. En faisant concurrence à l’emploi privé, il semble bien avoir contribué à l’augmentation des salaires des travailleurs non qualifiés (et des femmes), et donc à la réduction des inégalités – mais les infrastructures construites, de mauvaise qualité, n’ont pas eu l’effet d’entraînement attendu sur l’économie rurale.
Ainsi, l’emploi garanti semble être en Inde une forme intermédiaire de protection sociale, qui sera remplacée à terme par des transferts sous condition de ressources mais sans obligation de travail.

La caste dans l’Inde en développement : Entre tradition et modernité

Guilhem Cassan, 2015

L’imaginaire « orientaliste » a fait de l’Inde le pays de la mystique et de la tradition. Le système de caste, pensé comme millénaire et immuable, est l’une des caractéristiques indiennes les plus fortement associées à cette idée. Ce point de vue offrait une interprétation facile à l’atonie de la croissance indienne entre les années 1950 et la fin des années 1970 : on a même parlé d’un taux de croissance « hindou ».
Mais depuis le début des années 1980, la croissance économique indienne s’est accélérée brusquement, le sous-continent acquérant en l’espace de trois décennies le statut de puissance économique de premier plan, en pointe dans de nombreuses industries.
L’Inde « éternelle » s’est donc révélée pleinement capable d’entrer dans la modernité, sans que le système de caste disparaisse pour autant. Aujourd’hui encore, la caste joue un rôle central dans la vie quotidienne de millions d’Indiens, influant à la fois sur leurs choix les plus intimes et sur leur environnement socioéconomique, souvent de façon violente.
Si l’Inde est en train de s’extraire de la pauvreté pour entrer de plain-pied dans la « modernité », comment comprendre qu’une institution aussi ancienne que le système de caste perdure, voire se renforce ? C’est cet apparent paradoxe que cet opuscule cherche à comprendre et à mesurer à partir de sources quantitatives réunies ici pour la première fois. Car la caste, qui est aujourd’hui présente partout, sauf dans les statistiques officielles, est loin d’être un anachronisme : en phase avec l’évolution du sous-continent, elle a su s’adapter, comme elle avait su s’adapter dans le passé à d’autres transformations.

Transition

Quel fédéralisme en Russie ? Les leçons de l’expérience internationale

Ekaterina Zhuravskaya, 2014

Les réformes introduites en Russie dans les années 1990 n’ont pas seulement porté sur une libéralisation économique et politique. Pays ultracentralisé, la Russie a alors adopté une structure fédérale décentralisée. Cette expérience de décentralisation menée sous Eltsine est considérée comme l’un des facteurs de l’effondrement économique russe. Après 1999, l’ère Poutine a au contraire été marquée par une forte recentralisation.
Revenant sur les raisons de l’échec de la décentralisation russe, et s’appuyant sur l’exemple d’autres pays où le fédéralisme s’est développé avec un certain succès (Mexique, Chine), E. Zhuravskaya montre que la centralisation actuelle est également néfaste pour la Russie. L’hétérogénéité de ce pays continent appelle à un fédéralisme qui conserverait une centralisation politique tout en garantissant à tous les niveaux (local, régional et fédéral) des élections libres dans un contexte véritablement démocratique.