Note de l’Observatoire du Bien-être n°2021-07 : Le Bien-être des Français – Juin 2021

Alors que le mois de mars représentait un point bas dans de nombreuses dimensions du bien-être des Français, le mois de juin est celui du soulagement. Les principaux indicateurs de bien-être retrouvent leur niveau habituel d’avant la pandémie, tandis que le sentiment d’avoir été heureux la veille est à son plus haut depuis le début de notre enquête.

Si tout n’est pas complètement revenu à la normale – nous constatons des contrastes dans les évolutions en fonction des niveaux de diplôme, du genre ou de la présence d’enfants dans le ménage, ce mois de juin apparaît avant tout comme celui d’un soulagement heureux.

Mathieu Perona, Observatoire du Bien-être du Cepremap, mathieu.perona@cepremap.org

Par rapport à la situation de mars, le sentiment qui domine dans cette vague de notre baromètre du bien-être des Français est celui d’un soulagement teinté d’optimisme. Alors que l’imminence d’un nouveau confinement au printemps avait affecté de nombreuses dimensions du bien-être, la levée progressive des contraintes sanitaires et les progrès de la vaccination semblent avoir redonné l’espoir d’un retour à la normale généralisé1.

Tableau de bord

2016-06-Tableau de bord OBE

Juin 2021
DimensionsRéponse moyenne (0 à 10)
Grandes dimensions**20202021
JuinMars Juin
Satisfaction de vie↘↗6,96,36,6
Sens de la vie↘↗7,36,97,1
Bonheur→↗7,26,97,9
Anxiété et dépression*→↗1,92,21,8
Santé ↘→7,16,96,9
Niveau de vie↘→6,96,66,7
Comparaison avec les autres ↘→6,86,76,6
Année dernière↘→6,86,05,9
Perception de l’avenir
Vie future (personnelle)↘→6,25,96,1
Prochaine génération France↘→4,24,14,0
Prochaine génération Europe→→4,34,24,2
Proches et environnement
Relations avec les proches↘↗8,38,08,2
Gens sur qui compter→→7,77,67,7
Sentiment de sécurité↘→7,57,37,2
Agression ressentie*↘→1,41,61,7
Travail et temps de vie
Satisfaction au travail↘→7,47,27,2
Relations de travail↘→7,36,97,0
Équilibre des temps de vie↘→6,25,96,0
Temps libre↘↗6,96,16,6

Les flèches indiquent les améliorations ou dégradations par rapport au même mois l’année précédente. Les flèches horizontales indiquent que la variation n’est pas significative au seuil de 5 %2.
* Pour l’anxiété et l’agression, un score plus haut indique un niveau d’anxiété ou d’agression plus élevé
** La première flèche indique l’évolution par rapport à l’année précédente, la deuxième flèche l’évolution par rapport au trimestre précédent

Notre comparaison habituelle des niveaux de bien-être avec ceux de l’année précédente (Tableau 1) doit se lire en se rappelant que la sortie du confinement de 2020 avait généré un très grand soulagement, poussant la quasi-totalité de nos indicateurs à leur plus haut niveau observé jusqu’ici. Ce trimestre, nous assistons dans beaucoup de domaines à une des plus fortes progressions observées depuis le début de notre enquête. Nous partons cependant d’un point tellement bas – en mars 2021, à l’aube d’un confinement annoncé – que cette forte progression suffit à peine à ramener les indicateurs vers leur niveau d’avant l’épidémie. Signe de cette dynamique, le sentiment d’avoir été heureux hier, qui s’était déjà bien redressé en mars, atteint lui le même niveau qu’en juin 2020 (Figure 1).


Figure 1
Dans tous les graphiques de cette
Note, les barres grises indiquent les périodes de confinement en France métropolitaine.

Vers un retour à la normale ?

Comme bon nombre de nos indicateurs, la satisfactions dans la vie avait atteint son plus bas niveau en mars, sous l’effet conjugué de l’usure d’un an de restrictions sanitaires, la perspective d’un nouveau confinement et un déploiement encore incertain de la vaccination. Il revient ce trimestre à son niveau d’avant l’épidémie (Figure 2). Le sentiment que ce que l’on fait a du sens suit une dynamique similaire, ces deux indicateurs connaissant ce trimestre leur plus forte amélioration depuis le début de notre enquête.

Figure 2

L’usage du temps libre et les relations avec les proches sont deux dimensions où nous observons des améliorations notables et largement partagées entre toutes les catégories de population. Nous y voyons un effet naturel de la levée des restrictions sanitaires, qui permettent la reprise de nombreuses activités et de se retrouver en famille ou entre amis.

Figure 3

En décembre 2020 (Note 2021-01), nous avions constaté que la satisfaction dans la vie connaissait une évolution très différente de l’indicateur synthétique de moral des ménages de l’Insee, qui résume l’opinion des ménages quant à leur situation financière actuelle et à leurs perspectives dans un avenir proche. Nous avions interprété cela comme révélant l’importance des relations sociales dans le bien-être à un moment où elles étaient empêchées et où les mesures de soutien de l’économie écartaient la perspective d’une crise de grande ampleur. Sur ce dernier trimestre, les deux indicateurs retrouvent une dynamique parallèle, ce que nous interprétons comme un signe supplémentaire de normalisation de la situation perçue dans l’ensemble des domaines3.

Figure 4

Le fait marquant de ce trimestre est ainsi l’ampleur de l’évolution sur un trimestre. Nous n’atteignons certes pas les niveaux très élevés du premier déconfinement, très liés à la situation immédiate. En revanche, la plupart des indicateurs retrouvent leur niveau habituel, alors qu’ils partent d’un point particulièrement bas.

À l’échelle de l’ensemble des répondants, nous mesurons donc à tout le moins un grand soulagement, le bonheur de pouvoir retrouver les activités sociales et de loisir si longtemps empêchées, et peut-être le retour d’un certain optimisme.

Des contrastes sociaux

Cette amélioration générale est principalement ressentie par les classes moyennes et supérieures parmi les personnes interrogées. L’amélioration du sens de la vie et de l’appréciation des années à venir est ainsi nettement plus forte pour les deux tiers disposant des revenus les plus élevés. De même, nous observons l’amélioration de la satisfaction dans la vie pour les titulaires d’un diplôme (brevet des collèges ou plus), alors qu’elle baisse chez les non-diplômés.

Figure 5

L’ensemble des indicateurs suggère ainsi que les milieux les plus modestes ne partagent pas complètement le sentiment d’amélioration ressenti par une majorité de la population.

Retour à la normale partiel pour les femmes

Tout au long de 2020, la satisfaction dans la vie avait plutôt bien résisté. Avec le passage à 2021, notre question rétrospective montre qu’avec le recul, les enquêtés décrivent une année très difficile. La vague de juin renforce ce constat, en confirmant une différence d’appréciation entre genre. L’évaluation de l’année passée par les femmes est encore plus dégradée que celle des hommes.

Figure 6

Ce décalage rappelle les nombreuses études faisant état d’un impact des mesures sanitaires plus fort sur les femmes, confrontées à une charge de travail domestique plus lourde et devant jongler entre leur travail, y compris à distance, et la présence des enfants lors des confinements puis des fermetures de classes liées à l’épidémie.

De fait, nous constations sur la satisfaction dans la vie (Figure 7) ou sur le sentiment d’être heureux des évolutions contrastées selon le genre de la personne et la présence d’enfants de moins de 14 ans dans le ménage. Nous voyons ainsi que le rebond du bien-être par rapport à mars doit beaucoup aux femmes vivant avec un ou plusieurs enfants, et dans une moindre mesure aux hommes vivant dans des ménages sans enfants4. On peut penser que la fin à peu près normale de l’année scolaire a contrasté avec un mois de mars marqué par la perspective d’un confinement et des dates de vacances bousculées. Pour les hommes sans enfants – la majorité sont en couple – la reprise des activités sociales et de loisir a pu jouer un rôle prépondérant.

Au final, plusieurs indicateurs suggèrent que la situation n’est pas complètement normalisée du point de vue des femmes alors qu’elle l’est davantage pour les hommes. Ainsi, l’appréciation par les femmes de leur santé décline, alors qu’elle s’améliore plutôt chez les hommes. Ces derniers expriment une très nette amélioration de l’équilibre de leurs temps de vie, ce qui n’est pas le cas des femmes.

Figure 7
Les ménages avec enfants sont les ménages où est présent au moins un enfant de moins de 14 ans. Les ménages sans enfants peuvent inclure des enfants de 14 ans et plus.

Une expectative optimiste

Les Français entrent donc dans l’été avec un moral qui revient à son niveau habituel. Si tout n’est pas encore revenu complètement à la normale, les indicateurs sont bien orientés et il ne semble pas que les dix-huit derniers mois aient laissé de trace durable au niveau de la population dans son ensemble. Cela seul suffit à ce qu’en juin, les Français se soient sentis plus souvent heureux que lors de n’importe quel trimestre depuis cinq ans.

Annexe

Jusqu’ici, nous avions commenté les variations de nos indicateurs de bien-être essentiellement sur une base annuelle, c’est-à-dire en comparant un mois au même mois de l’année précédente. Cette enquête est en effet la première en France à poser ces questions tous les trimestres, et nous ne savions pas si certaines variations d’un trimestre à l’autre correspondraient à des effets saisonniers, qui existent dans de nombreuses séries économiques trimestrielles. Comparer un mois à celui de l’année précédente neutralisait cet effet de saisonnalité.

Cinq ans d’enquête ne suffisent pas à évaluer convenablement la part de la saisonnalité dans les évolutions d’un trimestre à l’autre : il faut un temps d’observation nettement plus long pour les mettre convenablement en évidence. En revanche, l’ampleur des écarts observés à l’occasion d’événements bien identifiés (élections, Gilets jaunes, confinements et déconfinements) nous montre que les effets saisonniers ont une ampleur limitée sur nos principaux indicateurs au regard de ce qu’entraînent ces événements. Nous nous autorisons donc ce trimestre à afficher et commenter les variations entre mars et juin 2021, ce d’autant plus que juin 2020, marqué par la sortie du premier confinement, fournissait un mauvais point de comparaison pour rendre compte des évolutions du bien-être sur l’année écoulée.

  1. Comme chaque trimestre, vous pouvez retrouver l’ensemble de nos indicateurs sur notre Tableau de bord en ligne.
  2. Par rapport à notre tableau habituel, nous ajoutons une colonne indiquant les valeurs au trimestre précédent. Nous nous en expliquons en annexe.
  3. « En juin 2021, la confiance des ménages augmente nettement et dépasse sa moyenne de longue période pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire », Enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages – juin 2021, Informations rapides, Insee, 168, 29/06/2021. Entre mai et juin, l’amélioration de l’indice synthétique repose principalement sur une amélioration de la perception par les ménages de leur situation financière à venir, de l’opportunité de faire des achats importants, et d’un recul de la crainte d’un chômage élevé.
  4. Nous disposons dans l’enquête CAMME d’informations sur la composition du ménage, mais pas sur les liens de parenté.