Newsletter de l’Observatoire du Bien-être n°36 – Novembre 2020

Nous vous proposons trois publications ce mois-ci. Nous note de conjoncture trimestrielle montre un repli modéré des principaux indicateurs de bien-être subjectif après leur amélioration spectaculaire en juin. Ce mouvement résulte d’évolutions socialement contrastées : le repli est en fait marqué pour les ménages aisés et de classe moyenne, tandis que les ménages les plus modestes, qui avaient moins amélioré leur évaluation en juin, continuent de percevoir une progression de leur situation. D’autre part, nous vous proposons une rapide revue de littérature sur les manières d’utiliser les messages postés sur Twitter comme un outil de mesure alternatif du bien-être subjectif. Enfin, une enquête du Pew nous permet de remettre à jour et d’ajouter une dimension politique à notre note d’avril sur le degré de confiance que les Français accordent à la science et aux scientifiques.

De nombreux articles ont attiré notre attention en octobre. Les conséquences de la Covid-19 cèdent dans cette sélection la place à une plus grande variété de thèmes. Nous soulignons en particulier la publication par l’Insee d’un document de travail qui propose une méthodologie de calcul pour un PIB ressenti. Cette méthode repose particulièrement sur les évaluations de satisfaction de vie. Le nouveau confinement déclaré en France et au Royaume-Uni va probablement générer de nouvelles occasions d’étudier les conséquences de ce mode de lutte contre l’épidémie.

Observatoire

Le Bien-être des Français – Septembre 2020

Après un baromètre de juin qui montrait une amélioration du bien-être subjectif à l’issue du confinement, celui de septembre affiche une image plus contrastée. La plupart des métriques sont partiellement en repli, mais restent à un niveau supérieur à celui d’il y a un an. Ce repli est plus marqué pour les ménages plus aisés et les classes moyennes, tandis que le tiers inférieur des ménages en termes de revenu continuent à avoir une appréciation plus positive.

Le travail demeure un lieu de satisfaction important, là aussi particulièrement pour les ménages les plus modestes, probablement plus exposés à la crainte du chômage.

L’environnement immédiat perd en partie de son caractère protecteur. Reflet peut-être de l’obligation de plus en plus générale du port du masque, les hommes en particulier expriment un moindre sentiment de sécurité dans leur quartier que dans les enquêtes précédentes.

http://www.cepremap.fr/2020/10/note-de-lobservatoire-du-bien-etre-n2020-08-le-bien-etre-des-francais-septembre-2020/

Twitter, une mesure du bien-être ?

Depuis sa création en 2006, le service de micro-blogging Twitter a acquis une place centrale dans la circulation et la diffusion d’informations dans de nombreux pays. Le caractère public de la plupart des messages (tweets), la présence de publics divers et la simple masse des messages en fait un révélateur des mécanismes de diffusion des nouvelles ou de l’état d’esprit des utilisateurs prisé par les chercheurs.

De nombreux travaux récents ont tenté d’extraire de Twitter des informations sur l’état de l’opinion et sur le bien-être ressenti par la population. Plutôt destinée à un environnement de recherche, cette note présente brièvement une sélection d’articles, mettant un accent sur les méthodes utilisées et les résultats obtenus. Sans prétendre à l’exhaustivité, ce survol nous semble restituer une image assez fidèle de l’état de l’art et de ses limites quant à l’utilisation qui peut être faite de Twitter comme révélateur du bien-être ou des orientations politiques d’une population.

http://www.cepremap.fr/2020/10/note-de-lobservatoire-du-bien-etre-n2020-09-twitter-mesure-du-bien-etre/

Billet de blog : Les Français et la science : une mise à jour

Le 15 avril dernier, nous publiions une Note analysant les résultats d’une enquête internationale du Wellcome Trust réalisée en 2018 sur les perceptions de la science. Le 29 septembre dernier, le Pew Research Center publiait les résultats d’une enquête similaire conduite d’octobre 2019 à mars 2020. Le rapport du Pew est riche d’enseignements au niveau international. Dans ce billet, nous soulignons les éléments qui viennent mettre à jour, compléter et éclairer les constats présentés dans notre Note d’avril.

Cette mise à jour confirme que tout en étant en majorité confiants à l’égard des scientifiques, les Français sont plus sceptiques que leurs voisins à l’égard des sciences et du progrès technique, et particulièrement de l’intérêt de la recherche publique. Assez partagé par les deux pans du spectre politique, ce désintérêt des questions scientifiques – hors la question du changement climatique – explique sans doute la faible place de ces sujets dans les débats et programmes politiques.

https://obe.hypotheses.org/418

Du PIB au PIB ressenti

Le 08 octobre, l’Insee a publié dans sa collection Analyses un article qui montre de manière remarquablement claire comment on peut intégrer la relation entre revenu et satisfaction de vie pour mieux comprendre comment la distribution des revenus affecte le bien-être. À cette aune, la France, du fait d’une politique fortement redistributive, fait mieux que des pays au PIB par tête plus élevé mais plus inégalitaires, comme les États-Unis ou l’Allemagne.

Jean-Marc Germain, « Du PIB au PIB ressenti : en retrait sur le PIB, l’Europe dépasse désormais les États-Unis en bien-être monétaire », Insee Analyses, no57, 08 octobre 2020, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4797487
Cette publication fait suite au document de travail d’août G2020/03, « Au-delà du PIB, une estimation PIB ressenti en Europe et aux États-Unis ».

https://www.insee.fr/fr/statistiques/4639940

Covid-19

World Pandemic Research Network

L’Institut d’études avancées de Paris est à l’initiative du Wordl Pandemic Research Network. Cette plate-forme vise à recenser, au niveau mondial, tous les travaux académiques de mesure des conséquences sociales et humaines de la pandémie de Covid-19. Il peut s’agir d’articles, mais aussi de rapport, projets, séminaires, webminaires et appels à collaborations.

https://wprn.org/

Fear and employment during the COVID pandemic: Evidence from search behaviour in the EU

Abstract: The COVID-19 pandemic and ensuing Great Lockdown came with an unseen level of economic uncertainty. This column uses Google search data to document the substantial increase in people’s economic anxiety and the coinciding slowdown in European labour markets in the months following the outbreak. The analysis shows that the ensuing fear was significantly more outspoken in those EU countries hit hardest in economic terms, with levels of economic anxiety similar or higher than during the Great Recession of 2007-2009. Unlike during the Great Recession, however, unprecedented policy actions, such as the short-term working schemes implemented or reformed at the onset of the COVID crisis, do not seem to have mitigated overall economic anxiety.

Salvador Barrios, Wouter van der Wielen, “Fear and employment during the COVID pandemic: Evidence from search behaviour in the EU,” VoxEU, 30 September 2020

Covid-19 and socio-political attitudes in Europe: In competence we trust

Abstract: The COVID-19 shock prompted an economic collapse unrivalled in peacetime. Using a large survey conducted during the pandemic’s first wave, this column measures the impact of the crisis on socio-political attitudes in Italy, Spain, Germany, and the Netherlands. The results show severe drops in interpersonal and institutional trust, as well as in support for the EU and a tax-financed welfare state. But they also suggest a rallying effect around scientific expertise and incumbent governments that – together with populist positions losing ground – hints at a growing demand for competence.

Gianmarco Daniele, Andrea F.M. Martinangeli, Francesco Passarelli, Willem Sas, Lisa Windsteiger, “Covid-19 and socio-political attitudes in Europe: In competence we trust,”, VoxEu, 01 October 2020

How did the early stages of the COVID-19 pandemic affect teacher wellbeing?

Abstract: The COVID-19 pandemic has radically disrupted schooling, placing additional demands on teachers. This paper uses unique longitudinal survey data to track changes in teacher wellbeing as the virus hit the UK. It documents sharp spikes in teachers’ anxiety as schools were locked down and as announcements around reopening were made. Teachers in fee-paying schools displayed higher levels of anxiety during the summer term when schools were closed, most likely because they delivered more `live’ online lessons than state school teachers. Head teachers experienced particularly large increases in anxiety and reported that they were more likely to leave the profession as a result of the experience.

Allen, Rebecca, Jerrim, John and Sims, Sam, (2020), “How did the early stages of the COVID-19 pandemic affect teacher wellbeing?,” No 20-15, CEPEO Working Paper Series, Centre for Education Policy and Equalising Opportunities, UCL Institute of Education,
https://EconPapers.repec.org/RePEc:ucl:cepeow:20-15

Lu sur le Web

(Un)happiness and voting in U.S. presidential elections.

Abstract: A rapidly growing literature has attempted to explain Donald Trump’s success in the 2016 U.S. presidential election as a result of a wide variety of differences in individual characteristics, attitudes, and social processes. We propose that the economic and psychological processes previously established have in common that they generated or electorally capitalized on unhappiness in the electorate, which emerges as a powerful high-level predictor of the 2016 electoral outcome. Drawing on a large dataset covering over 2 million individual surveys, which we aggregated to the county level, we find that low levels of evaluative, experienced, and eudaemonic subjective well-being (SWB) are strongly predictive of Trump’s victory, accounting for an extensive list of demographic, ideological, and socioeconomic covariates and robustness checks. County-level future life evaluation alone correlates with the Trump vote share over Republican baselines at r = −.78 in the raw data, a magnitude rarely seen in the social sciences. We show similar findings when examining the association between individual-level life satisfaction and Trump voting. Low levels of SWB also predict anti-incumbent voting at the 2012 election, both at the county and individual level. The findings suggest that SWB is a powerful high-level marker of (dis)content and that SWB should be routinely considered alongside economic explanations of electoral choice.

Ward, G., De Neve, J.-E., Ungar, L. H., & Eichstaedt, J. C. (2020). (Un)happiness and voting in U.S. presidential elections. Journal of Personality and Social Psychology. Advance online publication. https://doi.org/10.1037/pspi0000249

Presenteeism at work and gender inequality

Abstract: The recent COVID-19 public health crisis has – at least temporarily – changed the organisation of work and the requirement for presenteeism in the workplace. Using data from Sweden, this column argues that such change could help close the gender earnings gap by lowering the wage penalties to unpredictable work absence

Ghazala Azmat, Lena Hensvik, Olof Rosenqvist, “Presenteeism at work and gender inequality,” VoxEU, 04 October 2020.

Justice and fairness in Europe

L’équipe de l’European Social Survey a publié le 06 octobre le dixième volume de leur série ESS Topline results, dédié au sentiment de justice et d’équipé en Europe. Ce rapport synthétise les enseignement du module du même nom, intégré dans la vague 2018-2019 de l’enquête. Ce comparatif révèle des contrastes importants quant aux perceptions de l’état des sociétés européennes, mais aussi un ensemble d’accords fondamentaux sur les principes de fonctionnement désirables.

Jule Adriaans et al., “Justice and Fairness in Europe; Topline results from Round 9 of the European Social Survey,ESS Topline Results no10, 2020-10-06

How to pick more beautiful colors for your data visualizations

Le blog Chartable publie un très utile guide sur la manière de sélectionner ses couleurs pour les graphiques.

https://blog.datawrapper.de/beautifulcolors/

The Economics of Happiness

M. Nikolova et C. Graham donnent accès à leur chapitre à venir pour le Springer Handbook of Labor, Human Resources and Population Economics, édité par K. Zimmermann. Une occasion de voir comment les résultats, enjeux et questions du champ sont présentés à un public scientifique plus large.

Nikolova, Milena; Graham, Carol (2020): “The Economics of Happiness,” GLO Discussion Paper, No. 640, Global Labor Organization (GLO), Essen

Stung by Pension Reforms: The Impact of a Change in State Pension Age on Mental Health and Life Satisfaction of Affected Women

Abstract: Several reforms increased the state pension age (SPA) in the UK and equalised it to age 65 for both men and women. We use panel data and a difference-in-difference approach to comprehensively analyse the direct and indirect effects of these reforms, investigating mechanisms for indirect effects. We also analyse the heterogeneity of the effects of smaller versus larger increases in SPA, by partnership status, as well as spill-over effects to male partners. Consistent with previous research, we find a positive impact of the reform on employment and labour force participation, but also large negative impacts on various aspects of personal, financial, and mental wellbeing. The effect is larger for women who have to wait longer to reach their SPA, and smaller for women with a partner (compared to those without a partner). The effect of the reform partially spills over to affected women partner’s labour market participation. Our results can be generalised to other countries that are seeking to implement similar reforms.

Della Giusta, Marina and Longhi, Simonetta, (2020), “Stung by Pension Reforms: The Impact of a Change in State Pension Age on Mental Health and Life Satisfaction of Affected Women,” No 13587, IZA Discussion Papers, Institute of Labor Economics (IZA), https://EconPapers.repec.org/RePEc:iza:izadps:dp13587.

Now Unions Increase Job Satisfaction and Well-being

Abstract: Using data from the United States and Europe on nearly two million respondents we show the partial correlation between union membership and employee job satisfaction is positive and statistically significant. This runs counter to findings in the seminal work of Freeman (1978) and Borjas (1979) in the 1970s and most empirical studies since. With data for the United States we show the association between union membership and job satisfaction switched from negative to positive in the 2000s. Cohorts with positive union effects over time come to dominate those with negative effects. The negative association between membership and job satisfaction is apparent in cohorts born in the 1940s and 1950s but turns positive for those born between the 1960s and 1990s. Analyses for Europe since the 2000s confirm the positive association between union membership and worker wellbeing is apparent elsewhere. We also find evidence in the United Kingdom from panel estimation of a positive relation between union membership and job satisfaction. We find positive union associations with other aspects of worker wellbeing including life satisfaction and happiness, several macro variables and various measures of trust. Union members are also less likely to be stressed, worried, depressed, sad or lonely. The findings have important implications for our understanding of trade unionism.

David G. Blanchflower, Alex Bryson, “Now Unions Increase Job Satisfaction and Well-being,” NBER Working Paper No. 27720 Issued in August 2020 https://www.nber.org/papers/w27720.pdf

The Relationship between Subjective Wellbeing and Subjective Wellbeing Inequality: Taking Ordinality and Skewness Seriously

Abstract: We argue that the relationship between individual satisfaction with life (SWL) and SWL inequality is more complex than described by leading earlier research such as Goff, Helliwell, and Mayraz (Economic Inquiry, 2018). Using inequality indices appropriate for ordinal data, our analysis using the World Values Survey reveals that skewness of the SWL distribution, not only inequality, matters for individual SWL outcomes; so too does whether we look upwards or downwards at the (skewed) distribution. Our results are consistent with there being negative (positive) externalities for an individual’s SWL from seeing people who are low (high) in the SWL distribution.

Grimes, Arthur, Jenkins, Stephen and Tranquilli, Florencia, (2020), “The Relationship between Subjective Wellbeing and Subjective Wellbeing Inequality: Taking Ordinality and Skewness Seriously,” No 13692, IZA Discussion Papers, Institute of Labor Economics (IZA), https://EconPapers.repec.org/RePEc:iza:izadps:dp13692

Age-Related Changes in Interpersonal Trust Behavior: Can Neuroscience Inform Public Policy?

Plusieurs expérimentations ont mis en évidence que les personnes plus âgées ont une moindre capacité à identifier les partenaires fiables dans un cadre expérimental. En particulier, elles tiennent moins compte d’informations venant contredire une première impression de fiabilité. À l’extérieur du laboratoire, cela signifie une plus grande vulnérabilité des personnes âgées aux arnaques et à la fraude, indépendamment des cas de maladie affectant les capacités cognitives. La neuro-imagerie met en relation cette perte de capacité avec une moindre activité des zones cérébrales associées à l’anticipation des coûts liés à la défection d’une personne de confiance.

Pour les auteurs, ce constat doit informer l’action publique selon trois dimensions : (i) construire les pratiques permettant aux capacités non affectés par l’âge de pallier les pertes de capacités identifiées (ii) identifier comment les dispositifs de fraude ciblant les personnes âgées diffèrent de ceux visant des populations plus jeunes (p. ex. en investissant plus lourdement sur la première impression) et (iii) examiner quel rôle joue ce phénomène dans la diffusion de fausses nouvelles par les personnes âgées.

Iyengar, V., D. Ghosh, T. Smith, and F. Krueger. 2019. “Age-related changes in interpersonal trust behavior: Can neuroscience inform public policy?” NAM Perspectives. Commentary, National Academy of Medicine, Washington, DC. https://doi.org/10.31478/201906c

Happier with Vocational Education?

Abstract: Using Italian data, I study the relationship between vocational education and self-reported happiness by focusing on individuals with at least a five-years high school degree, either vocational or academic. My instrumental variable strategy shows that individuals who have completed a vocational high school are more likely to report a high level of happiness than individuals who have completed an academic degree. I find no clear evidence that vocational graduates have a lower probability to be employed or earn lower wages than other graduates. I show that they live more than other graduates in small towns, where prices are lower and social life more rewarding, and have a less privileged parental background. Both facts may lead to more moderate aspirations and therefore contribute to higher happiness.

Brunello, Giorgio, (2020), “Happier with Vocational Education?”, No 13739, IZA Discussion Papers, Institute of Labor Economics (IZA), https://EconPapers.repec.org/RePEc:iza:izadps:dp13739.