À écouter : le podcast Parlons peu, Parlons Sécu
Est-on plus heureux à la retraite ?
La presse en parle
Résumé
En France, l’âge de départ à la retraite constitue un des paramètres les plus sensibles du système. Son report, souvent présenté comme logique ou inévitable au regard des évolutions démographiques — baisse du rapport entre actifs et retraités, allongement de l’espérance de vie — rencontre une opposition déterminée. Celle-ci trouve probablement ses racines dans une image très positive de la retraite, présentée, au moins pour ses premières années, comme une période dorée.
Notre analyse met pourtant en évidence un effet modeste à nul du passage à la retraite sur les principales dimensions du bien-être subjectif — la satisfaction à l’égard du temps libre faisant figure de seule exception claire. Dans la quasi-totalité des dimensions, le bien-être des retraités est pratiquement identique à celui des personnes en emploi du même âge. Ce constat vaut pour les hommes comme les femmes, et toutes les catégories socio-professionnelles. L’image très positive de la retraite semble donc comprendre une dimension d’illusion, peut-être fondée sur une erreur d’anticipation du niveau d’activité après la retraite.
Des contrastes existent cependant selon les âges considérés. À âge équivalent, les personnes parties à la retraite avant 60~ans déclarent un niveau de bien-être un peu plus élevé que celles restées en emploi. Cet écart disparaît chez les 60-64~ans, et chez les plus de 65~ans, ce sont les personnes restées en emploi — qui bénéficient d’une meilleure santé, de revenus élevés et de statuts professionnels favorables — qui évaluent plus positivement leur situation. Quel que soit le genre, la catégorie socio-professionnelle ou l’aspect du bien-être considéré, le passage à la retraite ne semble ainsi pas correspondre à une rupture forte.
Une analyse longitudinale — où nous suivons les mêmes personnes avant et après la retraite — montre que le passage à la retraite lui-même est globalement neutre sur la satisfaction dans la vie et la santé subjective pour les personnes qui passent de l’emploi à la retraite, ou qui étaient par choix au foyer avant leur retraite. Ce sont les personnes au chômage avant leur retraite qui voient leur bien-être s’améliorer sensiblement, indépendamment de l’effet de revenu.
Nous suggérons deux facteurs pour expliquer l’attrait pour la retraite dans ce contexte. D’une part, les premières années de la retraite n’apparaissent certes pas comme une période dorée, mais elles constituent un plateau, une pause dans une trajectoire qui va généralement vers un moindre bien-être. Les facteurs de détérioration étant liées aux limitations induites par le vieillissement, le report de l’âge de la retraite signifie une réduction de la durée de ce répit. D’autre part, il ne faut pas négliger l’effet répulsif d’un monde du travail français peu propice au bien-être et à l’épanouissement, et où les seniors peinent à conserver une place.
Ainsi, les marges d’action sont probablement à trouver dans l’organisation du travail à l’approche de l’âge de la retraite, selon des axes qui engagent, par ailleurs, l’ensemble des générations actives.
Ce rapport a été réalisé à la demande et grâce à un financement de l’École Nationale Supérieure de Sécurité Sociale.