Présidentielle : Un choc d’optimisme

Un Choc d’optimisme (version PDF de cette note)

Il y a un an avait lieu la première vague de l’enquête trimestrielle organisée par l’Observatoire du bien-être du Cepremap. L’Observatoire avait publié un  premier bilan du bien-être en France. La tonalité générale en 2016 était celle d’une France particulièrement pessimiste. Plus de deux tiers des Français estimaient que la vie des prochaines générations déclinerait et exprimaient des pronostics sombres sur la situation économique. Si les Français se disaient en général satisfaits de leur situation personnelle, l’écrasante majorité manifestait une forte inquiétude quant à l’avenir de la France et la possibilité d’un destin collectif, pessimisme auquel nous avons consacré une note. Un an plus tard, la France a repris des couleurs selon notre dernière vague d’enquête de juin 2017. La confiance dans les perspectives de la France dans son ensemble s’améliore considérablement, se rapprochant de l’optimisme des Français quant à leur situation personnelle. Ce dernier change d’ailleurs peu. Les évolutions sont frappantes depuis le précédent bilan de mi-2016, tant par leur ampleur que par l’homogénéité de leur direction, celle d’une vision plus positive de l’avenir. Si les Français ne voient pas encore la vie en rose, une grande partie du camp des pessimistes a basculé dans le camp des optimistes. Effet Macron ? Difficile de ne pas y voir une association. Nous avions montré dans une récente analyse de la relation entre bien-être et vote qu’un plus fort niveau d’optimisme caractérisait les électeurs d’Emmanuel Macron au premier tour, quels que soient leur revenu, leur catégorie socio-professionnelle ou leur lieu de résidence. Par ailleurs, la forte hausse de l’optimisme en France se déroule entre nos deux vagues d’enquête pré- et post-élection présidentielle, avec une forte bascule des pessimistes vers le camp des optimistes. Effet Macron stricto sensu ? Les élections présidentielles sont traditionnellement associées à un regain d’optimisme dans les indicateurs de la confiance des ménages. Le temps et les enquêtes futures nous diront s’il y a eu un effet spécifique et durable lié au nouveau Président.

Un nouvel optimisme pour l’avenir de la France

Les dimensions sur lesquelles l’optimisme progresse le plus sont les éléments relatifs à l’avenir général de la France, qu’il s’agisse des perspectives économiques de la France ou plus généralement des prochaines générations en France (Graphique 1, barres rouges pour les variables concernant l’avenir).  La part des Français qui imaginent un futur meilleur pour eux-mêmes croit de 11 points de pourcentage, passant de 36% à 48%%, ce qui correspond à une augmentation de 8% du score moyen dans le Graphique 1. Sur l’avenir économique de la France, le bond des anticipations positives est de 27 points, passant de 20% à 47% (une augmentation du score moyen de 23%). Même l’optimisme sur l’avenir de l’Europe, pourtant assombri au cours de l’année par le Brexit, s’accroit de 8 points de pourcentage. Il est remarquable de constater que c’est surtout la vision du destin de la France et de son économie qui a changé. L’appréciation de la situation et de l’avenir personnel, déjà plus élevée que pour celui de la France, a très peu évolué. Dans une certaine mesure, nous assistons donc à une réduction de ce paradoxe français, relevé dans les comparaisons internationales, selon lequel les Français sont plutôt optimistes pour eux-mêmes et leur foyer, et pessimistes sur l’avenir global du pays.

Variation du score moyen pour chaque question, en pourcentage, entre les enquêtes de juin 2016 et juin 2017. Pas de correction pour les effets de saisonnalité, les écarts représentés en gris ne sont pas statistiquement significatifs. Source : Enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE et Plate-forme « Bien-être » de l’enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE / CEPREMAP

Variation du score moyen pour chaque question, en pourcentage, entre les enquêtes de juin 2016 et juin 2017. Pas de correction pour les effets de saisonnalité, les écarts représentés en gris ne sont pas statistiquement significatifs.
Source : Enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE et Plate-forme « Bien-être » de l’enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE / CEPREMAP

Des perspectives économiques plus optimistes

Ce changement de vision de l’avenir de la France va de pair avec une forte correction dans l’appréciation des Français sur l’évolution de la situation économique de la France en général (barres rouges dans la graphique ci-dessus). Les réponses concernant la situation financière du foyer s’améliorent légèrement, mais dans une mesure très nettement inférieure au diagnostic porté sur la situation économique de la France en général. Les évolutions des éléments non-économiques ne sont pas statistiquement significatives en général (indiqué par les barres claires dans la graphique).

Variation du score moyen pour chaque question, en pourcentage, entre les enquêtes de juin 2016 et juin 2017. Pas de correction pour les effets de saisonnalité, les écarts représentés en gris ne sont pas statistiquement significatifs. Source : Enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE et Plate-forme « Bien-être » de l’enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE / CEPREMAP

Variation du score moyen pour chaque question, en pourcentage, entre les enquêtes de juin 2016 et juin 2017. Pas de correction pour les effets de saisonnalité, les écarts représentés en gris ne sont pas statistiquement significatifs.
Source : Enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE et Plate-forme « Bien-être » de l’enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE / CEPREMAP

Des optimistes plus nombreux, des pessimistes en fort recul

Répartition des scores sur les questions relatives aux perspectives de la prochaine génération en France et de l'économie française. Dans les deux cas, la part d'avis pessimistes diminue et la part d'avis optimistes augmente, avec une réduction des neutres.

Pour chaque question, les perspectives sont notées sur une échelle de 0 à 10. Pour ce graphique, 0 – 3 : dégradation, 4 – 6 stabilité, 7 – 10 : amélioration.
Source : Enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE et Plate-forme « Bien-être » de l’enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE / CEPREMAP

Non seulement les Français se déclarent plus optimistes en moyenne sur le devenir de la France, mais c’est surtout le camp des pessimistes qui bascule vers celui des optimistes. Le choc d’optimisme ne provient pas d’un effet de tête de classe, qui aurait fait basculer vers un optimisme franc ceux qui pensaient il y a un an que la situation n’allait déjà pas si mal. Sur les thèmes enregistrant la plus forte progression de réponses optimistes, on enregistre en parallèle une forte diminution de la part des réponses les plus négatives. On compte un tiers de pessimistes en moins sur la question des perspectives de la prochaine génération en France, et leur part diminue de pratiquement 60% sur les perspectives économiques de la France (Graphique 3). On assiste ainsi à la conjonction d’une montée de l’optimisme parmi les Français déjà optimistes, mais surtout à un très fort recul de la part des pessimistes. Fait remarquable, ce mouvement traverse toutes les classes de la société [1].  Ni le niveau d’études ni le niveau de revenu ne font apparaître de différences dans cette dynamique positive. Si le niveau d’optimisme des Français qui ne disposent pas du bac est inférieur à celui des Français qui ont suivi des études supérieures, la hausse de l’optimisme pour la France est autour de 20% dans les deux catégories au cours de l’année. Le phénomène est comparable en termes de revenu : l’optimisme des Français disposant des revenus inférieurs à la médiane a cru de 24% contre 16% pour les revenus les supérieurs à la médiane (l’écart n’est pas statistiquement significatif : c’est essentiellement la même dynamique). On voit dans les graphiques ci-dessous que les trajectoires pendant l’année sont très similaires selon les niveaux de revenu (gauche) et d’éducation (droite). C’est donc bien un choc d’optimisme qui emporte la France et gagne toutes les catégories de la population, alors que l’amélioration de la conjoncture n’a pas affecté de façon uniforme toutes les catégories socio-professionnelles.

Score moyen pour chaque vague et sous-groupe pour les enquêtes de juin 2016 à juin 2017, sans correction des effets de saisonnalité. Source : Enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE et Plate-forme « Bien-être » de l’enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE / CEPREMAP

Score moyen pour chaque vague et sous-groupe pour les enquêtes de juin 2016 à juin 2017, sans correction des effets de saisonnalité.
Source : Enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE et Plate-forme « Bien-être » de l’enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE / CEPREMAP

Un effet Macron ?

Avenir économique de la France, Score moyen pour chaque vague de l’enquête entre juin 2016 et juin 2017, intervalles de confiance à 95%.

Score moyen pour chaque vague de l’enquête entre juin 2016 et juin 2017, intervalles de confiance à 95%.
Source : Enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE et Plate-forme « Bien-être » de l’enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE / CEPREMAP

Entre juin 2016 et juin 2017, nous avons assisté à la conjonction d’une embellie économique et d’une élection présidentielle, deux facteurs favorisant un regain d’optimisme[2]. Le premier est peut-être la cause du timide redressement observable sur certaines questions, comme celle sur les perspectives des prochaines générations[3]  (Graphique 5). Il est donc difficile d’isoler un effet spécifique au nouveau Président. Deux éléments nous suggèrent toutefois une amplification des effets de conjoncture et d’élection par la personnalité et le programme de Macron. D’une part, nous avions montré dans la note précédente sur Optimisme et Vote  que l’optimisme était une caractéristique du suffrage en faveur d’Emmanuel Macron au premier tour, indépendamment du revenu, de la situation en emploi ou encore du lieu de résidence. Le narratif de la campagne d’En Marche a pu avoir un impact spécifique sur les personnes intrinsèquement optimistes ainsi que sur celles dont la réussite personnelle se reconnaît dans l’image renvoyée par le nouveau président.

Perspective de la prochaine génération en France, Score moyen pour chaque vague de l’enquête entre juin 2016 et juin 2017, intervalles de confiance à 95%.

Score moyen pour chaque vague de l’enquête entre juin 2016 et juin 2017, intervalles de confiance à 95%.
Source : Enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE et Plate-forme « Bien-être » de l’enquête Conjoncture auprès des ménages, INSEE / CEPREMAP

D’autre part, la très forte amélioration de l’appréciation de l’avenir économique de la France (Graphique 6) se produit sur le dernier trimestre, et repose tout autant sur la diminution des pessimistes que sur l’augmentation de la part d’optimistes (Graphique 3, panneau du bas). Cela suggère que la promesse d’un avenir collectif meilleur a fonctionné, au moins le temps de l’élection et de ses lendemains immédiats.

Un choc d’optimisme durable ?

L’humeur des Français pourrait se retourner très vite. Que faut-il pour que ce choc d’optimisme perdure ? Comment éviter que le premier faux pas ne fasse chanceler cet optimisme ? Pour y répondre, l’Observatoire du bien-être vous donne rendez vous lors de la prochaine vague de cette enquête, en octobre 2017, au moment où l’élan de l’élection aura rencontré les obstacles des arbitrages budgétaires et que les promesses de campagnes se seront transcrites dans le concret des lois et ordonnances.  Rendez-vous dans trois mois pour savoir si le choc d’optimisme des Français est installé dans la durée ou n’a brillé que quelques semaines avant de s’éteindre.


[1] Tous les effets que nous commentons ici sont robustes à un contrôle par l’âge, le sexe, le niveau de revenu ou de diplôme. Retour
[2] L’INSEE a mis en évidence sur les données de longue période de l’enquête CAMME un impact positif des élections nationales (présidentielles et législatives) sur le solde d’opinion des français. L’impact de ces élections est de courte durée, et particulièrement visible sur les questions relatives au niveau de vie futur et au chômage futur. Voir Le pouvoir d’achat ralentit, le climat conjoncturel reste favorable, Note de conjoncture – mars 2017, INSEE. Retour
[3] La signification de cette inflexion est difficile à évaluer dans la mesure où nous connaissons encore mal les effets de saisonnalité. Retour